Je ne suis pas un métier ! Cohliane Balanger 13 septembre 2022

Je ne suis pas un métier !

Je ne suis pas un métier !

Changer de métier, un horizon souhaitable ? Beaucoup de salariés affirment en tout cas s’être déjà posé la question. En 2018, 93% des Français déclaraient avoir déjà envisagé une reconversion professionnelle, et 55% des interrogés précisaient en avoir réellement envie mais n’avoir pas encore passé le cap. Pour les candidats comme pour les recruteurs, le CV restreint le champ des possibles. L’exercice quasiment incontournable du curriculum vitae enferme les candidats dans des cases qui correspondent aux métiers qu’ils ont exercés. Les recruteurs se focalisent sur ses intitulés de poste et les années d’expérience pour chacun, avec pour conséquence de présélectionner prioritairement les candidats qui ont l’expérience des métiers pour lesquels ils recrutent. De fait, ce sont aussi les informations que les candidats vont avoir le plus tendance à mettre en avant dans leur profil, au détriment de leurs compétences et de leurs envies… Un comble dans un marché du travail que tous aspirent à rendre plus “flexible” ! 

Pourtant, la vie professionnelle n’est pas un point fixe mais une constante évolution, et ce phénomène s’accroît avec l’arrivée des nouvelles générations dans la vie active : ainsi, pour les 15-34 ans, 80 % des CDI sont rompus en moins d’un an. Les salariés d’aujourd’hui n’ont plus les aspirations de stabilité ou l’envie d’exercer un même métier toute leur vie ! Sur un marché du travail en constante évolution, avec des salariés prêts à s’adapter et désireux d’acquérir de nouvelles compétences et de découvrir de nouvelles expériences, il ne devrait pas y avoir d’autres barrières que l’envie et l’aptitude.

Pourquoi abandonner le CV ?

Les recruteurs ont tendance à apprécier le potentiel des candidats uniquement par rapport à leur expérience professionnelle, à les restreindre à leurs seules activités passées. Impossible alors d’imaginer qu’une personne puisse transposer des compétences d’un métier à l’autre ! Tant que les départements de ressources humaines se limiteront à ne chercher des candidats que parmi les anciens professionnels d’un même secteur, il est difficile d’imaginer un décloisonnement du travail. Les entreprises doivent changer leur manière d’évaluer le profil des candidats. Aujourd’hui le CV permet de savoir ce qu’une personne a fait, mais pas ce qu’elle pourrait faire ! 

Côté candidat, lorsque l’on postule à des offres d’emploi, on a tendance à se limiter aux emplois les plus proches de ce que l’on a connus : les entreprises ne nous regarderont que comme un ancien comptable plutôt que comme un futur menuisier. Nous intégrons le regard des entreprises comme une restriction à nous imposer, et nous nous fermons nous-mêmes des portes. Une grande frustration peut ainsi en découler, d’autant plus que la situation de recherche d’emploi peut être un cadre stressant tant sur le plan économique, avec la pression de la perte de revenus ou d’allocations, que sur le plan social, où le regard des autres peut être vécu comme une double peine. Il peut alors être compréhensible de chercher à retrouver une situation professionnelle stable au plus vite, et à postuler pour un emploi très similaire à nos expériences passées, quitte à mettre de côté des aspirations légitimes à changer plus radicalement de poste. 

Pourtant, un métier ne se limite pas à une répétition de tâches techniques qui ne seraient utiles que dans ce cadre précis. Nous gagnons tous des compétences par notre travail, parfois même certaines que nous n’aurions pas pensé mettre en avant dans notre parcours. En fait, on peut même se demander si le mot “compétence” a encore un sens bien réel ! Pour pallier à cette vision dogmatique de la compétence technique, on a vu l’émergence des “soft skills”, qui tendent à être de plus en plus recherchées par les recruteurs. Ces compétences comportementales, sociales, ou traits de personnalités sont des atouts allant bien au-delà des capacités techniques ou intellectuelles, et qui feront toute la différence entre des profils similaires en expériences professionnelles. Mais là aussi, les dérives sont nombreuses, notamment du côté des solutions de matching, qui déshumanisent les candidats et desservent le travail des ressources humaines… 

Un renouveau s’impose dans le monde du recrutement. Particulièrement dans la période sensible pour la recherche d’emploi liée à la pandémie de covid que nous traversons, la médiation entre les entreprises et les candidats est plus que jamais nécessaire. Il est temps de permettre à tous, recruteurs comme candidats, de s’émanciper du CV, des contraintes qu’il engendre et des discriminations qu’il génère. 

#JeNeSuisPasUnCV

Personne ne devrait être cantonné à occuper un même métier pendant toute sa vie ! Après tout, pourquoi un comptable ne pourrait-il pas devenir restaurateur ? De plus en plus de profils cadres ou exerçant des métiers de bureau songent à des reconversions vers des domaines radicalement différents, dans l’artisanat ou le commerce. Et sans aller forcément aussi loin, nous pouvons constater que beaucoup de profils cherchent simplement à ajouter de nouvelles cordes à leur arc en passant d’un domaine à un autre. Chez erhgo, nous sommes contre une approche adéquationniste du marché de l’emploi. Nous pensons qu’il est nécessaire que les salariés aient un potentiel de développement, des choses à apprendre pour qu’ils s’épanouissent dans leur métier … 

La solution que nous proposons consiste en une nouvelle approche des compétences : s’intéresser à la capacité de travail de chacun. Ainsi, au lieu d’indiquer aux recruteurs un métier précis, associé à un nom, prénom, zone géographique et autres caractéristiques des CV traditionnels, notre système permet au candidat de découvrir des métiers qu’il n’aurait pas soupçonnés et qui pourraient tout à fait correspondre à leurs envies, et aux recruteurs d’être mis en relation avec des profils atypiques auxquels ils n’auraient pas forcément prêté attention. Avec notre message #JeNeSuisPasUnCV, nous proposons d’interpeller les entreprises sur cette nécessité de repenser l’embauche. Mettons un terme aux discriminations du CV et à l’immobilisme du monde du recrutement. Ensemble, nous pouvons amener le marché du travail à envisager une nouvelle approche de l’emploi. 

Je ne suis pas un métier, et je ne suis pas un CV !

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